Il était 7h du matin, le soleil rasait les balcons en bois sculpté de la vieille ville, et le seul bruit qu’on entendait c’était celui d’un vieux taxi diesel et du khinkali qui frémissait dans la marmite d’un snack ouvert depuis l’aube. Pas de selfie stick. Pas de file d’attente. Pas de menu plastifié en cinq langues. Je me suis tourné vers Christelle et on s’est dit la même chose sans se parler : on aurait dû venir ici bien avant Lisbonne.
- Tbilissi ressemble à Lisbonne il y a dix ans
- Ce que j’ai fait les quatre premiers jours (et ce qui m’a le plus surpris)
- Le vin naturel géorgien est une révélation (et personne ne t’en a parlé)
- Ce que Tbilissi n’est pas encore (et pour combien de temps ?)
- Si tu as un jour de plus : l’excursion que personne ne te recommande
- L’essentiel avant de partir
Tbilissi, la capitale de la Géorgie, est officiellement classée deuxième destination « worth the hype » au monde par Tripadvisor en 2026. Et pourtant, dans les conversations entre voyageurs français, elle reste encore ce nom qu’on prononce avec un léger point d’interrogation. C’est exactement là que réside toute sa magie, et c’est exactement pourquoi il faut y aller maintenant, avant que tout change.

Tbilissi ressemble à Lisbonne il y a dix ans
Ce n’est pas une provocation. C’est un constat. Les façades décrépites aux couleurs ocre et terracotta, les ruelles pavées qui grimpent sans prévenir, les cours intérieures où des vignes poussent contre des murs qui s’effritent avec élégance, les cafés branchés qui cohabitent avec des épiceries soviétiques : Tbilissi a exactement cette énergie de ville authentique en pleine transformation, sans encore se mettre en scène pour les touristes.
La différence avec Lisbonne aujourd’hui ? Le prix d’un verre de vin naturel géorgien dans un bar de la vieille ville tourne autour de 2 euros. Un khachapuri, la brioche au fromage fondu qui va changer ta vie à 9h du matin, coûte moins de 3 euros. Un bon hôtel en centre-ville se trouve entre 40 et 70 euros la nuit. Le budget journalier à Tbilissi pour voyager confortablement ne dépasse pas 60 euros. Tout compris.
Et en mai, Tbilissi est au meilleur de sa forme. Les 25 degrés s’installent, les terrasses débordent de géraniums, et les montagnes du Caucase restent visibles à l’horizon par temps clair. C’est la meilleure période pour venir, avant la chaleur écrasante de juillet et avant que les flux touristiques de l’été ne modifient l’ambiance.
Ce que j’ai fait les quatre premiers jours (et ce qui m’a le plus surpris)
La vieille ville de Tbilissi se visite à pied, sans plan et sans application. On se perd, on trouve, on revient. Les quartiers de Sololaki et d’Abanotubani concentrent l’essentiel du charme : la forteresse de Narikala qui domine tout, le pont de la Paix avec sa structure en verre et acier qui tranche brutalement avec le reste, et surtout les bains de soufre d’Abanotubani.

Les bains de soufre, parlons-en franchement. Je m’attendais à un truc touristique vaguement folklorique. C’est tout le contraire. Tu réserves une cabine privée, tu plonges dans une eau à 38 degrés qui sent le soufre (oui, ça sent fort, non, ça ne dure que cinq minutes), et tu ressors deux heures plus tard dans un état de détente que même trois jours à Comporta n’auraient pas produit. Compte entre 15 et 30 euros la session en privatif. C’est l’une des expériences les plus singulières qu’il m’ait été donné de vivre dans une capitale européenne.
« Mon conseil après ce séjour : réserve les bains de soufre le premier matin, avant de visiter quoi que ce soit. Pas par ordre de priorité touristique, mais parce que tu ressortiras dans un état d’esprit tellement différent que tu vas percevoir toute la ville autrement. C’est la porte d’entrée vers Tbilissi que personne ne te suggère, et c’est pourtant la meilleure. »Jérémy, Voyage Pulse
La Fabrika, ancienne usine textile soviétique reconvertie en espace culturel, m’a d’abord semblé être le genre d’endroit qui essaie trop fort. J’avais tort. Le soir, quand les food trucks allument leurs lumières et que la cour se remplit d’un mélange de locaux, d’expatriés et de nomades numériques, l’ambiance est d’une authenticité désarmante. C’est le Tbilissi contemporain qui te montre qu’il sait très bien qui il est.

Le marché de Samgori, lui, c’est l’anti-tourisme total. Personne ne parle anglais, les étals débordent de churchkhela (ces bougies de noix enrobées de raisin séché qu’on vend partout), de fromages locaux, d’épices en vrac et de conserves dont tu ne sauras jamais vraiment le contenu. C’est bruyant, vivant, un peu chaotique. C’est exactement pour ça qu’il faut y aller.
Le vin naturel géorgien est une révélation (et personne ne t’en a parlé)
La Géorgie revendique 8 000 ans de viticulture. Ce n’est pas du marketing : les Géorgiens fermentent leur vin dans des qvevris, des jarres en argile enterrées dans le sol, une technique classée au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Le résultat, c’est un vin naturel orange et ambré, avec une texture et une profondeur que les vins conventionnels n’atteignent pas.
Vino Underground, dans la vieille ville, est le bar où tu vas comprendre tout ça en une soirée. Ambiance de cave, service sans chichi, verre à partir de 2 euros. Les sommeliers connaissent leurs producteurs par leur prénom et savent exactement quoi te faire goûter selon ce que tu aimes. On y est restés trois heures alors qu’on prévoyait quarante-cinq minutes.
Ce que Tbilissi n’est pas encore (et pour combien de temps ?)
Tbilissi n’est pas encore parfaite pour le touriste pressé. Les trottoirs sont irréguliers, la signalétique quasi inexistante, certains quartiers donnent l’impression d’être en travaux permanents, et les voitures se garent absolument n’importe où. La ville n’a pas encore été lissée, formatée, instagrammisée. C’est son défaut et son plus grand attrait à la fois.
Mais les signaux changent vite. De nouveaux espaces culturels ouvrent chaque mois, comme l’Art Foundation Anagi. Des bâtiments historiques se transforment en hôtels-boutiques soignés. La communauté de nomades numériques qui s’y installe grandit à vue d’oeil. La ville attire, elle retient, elle se construit. Ce Tbilissi-là, encore brut, encore généreux, encore à prix raisonnable, a une date de péremption.
On ne sait pas exactement quand Tbilissi deviendra ce que Lisbonne est devenue : magnifique, bondée et hors de prix. Mais les signaux sont là. Et la fenêtre pour la vivre autrement, c’est maintenant.
Si tu as un jour de plus : l’excursion que personne ne te recommande
Tout le monde te parle de Kazbegi et des montagnes du Caucase. C’est spectaculaire, c’est vrai, mais c’est aussi devenu le circuit que tout le monde fait. Si tu veux sortir des sentiers balisés, prends la route vers le sud, en direction d’Aspindza et des grottes de Vardzia.
Vardzia est un monastère rupestre du XIIe siècle creusé à même une falaise sur plusieurs centaines de mètres de hauteur : des centaines de grottes, des chapelles, des réfectoires, des citernes d’eau, tout taillé dans la roche volcanique sous la reine Tamar. On y est montés un matin de mai sans croiser grand monde. La lumière sur la falaise, la vallée de la Koura en contrebas, le silence : c’est le genre d’endroit qui te fait réaliser que la Géorgie a encore des dizaines de secrets de ce calibre en réserve.
Le trajet depuis Tbilissi prend environ trois heures, ce qui en fait une longue journée mais une journée qui en vaut trois. En prenant une excursion organisée, tu combines souvent Vardzia avec les thermes de Borjomi et le château de Rabati sur le même circuit.
L’essentiel avant de partir
Depuis Paris, des vols directs pour Tbilissi existent avec Air France, Transavia et Georgian Airways. Le vol dure environ quatre heures. Pas de visa pour les Français. La monnaie locale est le lari géorgien (1 euro vaut environ 3,1 GEL), mais les euros et les dollars s’échangent facilement partout. L’application Bolt remplace avantageusement les taxis classiques pour se déplacer en ville.
Mai et septembre sont les deux meilleures périodes pour visiter Tbilissi. Evite juillet et août si tu veux fuir la chaleur et les premières vagues de tourisme de masse. Quatre jours est le minimum honnête pour sentir la ville. Six jours permettent d’ajouter une excursion à Kazbegi, dans les montagnes du Caucase, qui est à elle seule une raison suffisante de prolonger le séjour.
Tbilissi ne ressemble à rien d’autre. Et c’est précisément pour ça qu’elle vaut le détour.


